Allan Kardec , de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, est né le 3 octobre 1804 à Lyon et est mort le 31 mars 1869 à Paris. Il est considéré comme le fondateur officiel de la doctrine spirite ou spiritisme.
" L'homme n'est pas seulement composé de matière, il y a en lui un principe pensant relié au corps physique qu'il quitte, comme on quitte un vêtement usagé, lorsque son incarnation présente est achevée. Une fois désincarnés, les morts peuvent communiquer avec les vivants, soit directement, soit par l'intermédiaire de médiums de manière visible ou invisible" (Le livre des Esprits)
Le Livre des Esprits est l’ouvrage de base en matière de Spiritisme, il est composé de plus de mille question posées aux Esprits qui nous enseignent sur la vie de l’Au-delà ainsi que sur la vie présente et sur de nombreux points philosophiques.
PHILOSOPHIE SPIRITUALISTE
LE LIVRE DES ESPRITS
CONTENANT LES PRINCIPES DE LA DOCTRINE SPIRITE
SUR L’IMMORTALITE DE L’AME, LA NATURE DES ESPRITS ET LEURS RAPPORTS
AVEC LES HOMMES; LES LOIS MORALES, LA VIE PRESENTE, LA VIE
FUTURE ET L’AVENIR DE L’HUMANITE
Selon l’enseignement donné par les Esprits supérieurs
à l’aide de divers médiums
RECUEILLIS ET MIS EN ORDRE
PAR ALLAN KARDEC
LIVRE DEUXIEME - MONDE SPIRITE OU DES ESPRITS
CHAPITRE PREMIER - DES ESPRITS
76. Quelle définition peut-on donner des Esprits ?
" On peut dire que les Esprits sont les êtres intelligents de la création. Ils peuplent l'univers en dehors du monde matériel. "
NOTA. - Le mot Esprit est employé ici pour désigner les individualités des êtres extra-corporels, et non plus l'élément intelligent universel.
77. Les Esprits sont-ils des êtres distincts de la Divinité, ou bien ne seraient-ils que des émanations ou portions de la Divinité et appelés, pour cette raison, fils ou enfants de Dieu ?
" Mon Dieu, c'est son oeuvre, absolument comme un homme qui fait une machine ; cette machine est l'oeuvre de l'homme et non pas lui. Tu sais que quand l'homme fait une chose belle, utile, il l'appelle son enfant, sa création. Eh bien ! Il en est de même de Dieu : nous sommes ses enfants, puisque nous sommes son oeuvre. "
78. Les Esprits ont-ils eu un commencement, ou bien sont-ils comme Dieu, de toute éternité ?
" Si les esprits n'avaient point eu de commencement, ils seraient égaux à Dieu, tandis qu'ils sont sa création et soumis à sa volonté. Dieu est de toute éternité, cela est incontestable ; mais savoir quand et comment il nous a créés, nous n'en savons rien. Tu peux dire que nous sommes sans commencement, si tu entends par là que Dieu étant éternel, il a dû créer sans relâche ; mais quand et comment chacun de nous a été fait, je te dis encore, nul ne le sait : c'est là qu'est le mystère. "
79. Puisqu'il y a deux éléments généraux dans l'univers : l'élément intelligent et l'élément matériel, pourrait-on dire que les Esprits sont formés de l'élément intelligent, comme les corps inertes sont formés de l'élément matériel ?
" C'est évident ; les Esprits sont l'individualisation du principe intelligent, comme les corps sont l'individualisation du principe matériel ; c'est l'époque et le mode de cette formation qui sont inconnus. "
80. La création des Esprits est-elle permanente, ou bien n'a-t-elle eu lieu qu'à l'origine des temps ?
" Elle est permanente, c'est-à-dire que Dieu n'a jamais cessé de créer. "
81. Les Esprits se forment-ils spontanément, ou bien procèdent-ils les uns des autres ?
" Dieu les crée, comme toutes les autres créatures, par sa volonté ; mais, encore une fois, leur origine est un mystère. "
82. Est-il exact de dire que les Esprits sont immatériels ?
" Comment peut-on définir une chose quand on manque de termes de comparaison, et avec un langage insuffisant ? Un aveugle-né peut-il définir la lumière ? Immatériel n'est pas le mot ; incorporel serait plus exact, car tu dois bien comprendre que l'Esprit étant une création doit être quelque chose ; c'est une matière quintessenciée, mais sans analogue pour vous, et si éthérée qu'elle ne peut tomber sous vos sens. "
Nous disons que les Esprits sont immatériels, parce que leur essence diffère de tout ce que nous connaissons sous le nom de matière. Un peuple d'aveugles n'aurait point de termes pour exprimer la lumière et ses effets. L'aveugle de naissance croit avoir toutes les perceptions par l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher ; il ne comprend pas les idées que lui donnerait le sens qui lui manque. De même, pour l'essence des êtres surhumains, nous sommes de véritables aveugles. Nous ne pouvons les définir que par des comparaisons toujours imparfaites, ou par un effort de notre imagination.
83. Les Esprits ont-ils une fin ? On comprend que le principe d'où ils émanent soit éternel, mais ce que nous demandons, c'est si leur individualité a un terme et si, dans un temps donné, plus ou moins long, l'élément dont ils sont formés ne se dissémine pas et ne retourne pas à la masse comme cela a lieu pour les corps matériels. Il est difficile de comprendre qu'une chose qui a commencé puisse ne pas finir.
" Il y a bien des choses que vous ne comprenez pas, parce que votre intelligence est bornée, et ce n'est pas une raison pour les repousser. L'enfant ne comprend pas tout ce que comprend son père, ni l'ignorant tout ce que comprend le savant. Nous te disons que l'existence des Esprits ne finit point ; c'est tout ce que nous pouvons dire maintenant. "
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Au mois d’août 1852, Victor Hugo, chassé de France par le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, se réfugie d’abord en Belgique, puis à Jersey, où il loue prés de Saint-Hélier, pour y vivre avec les siens, Marine Terrace, une maison isolée dans une vallée sinistre où s’engouffrent les tempêtes de la Manche. Dans son ouvrage Victor Hugo et le spiritisme, le docteur Jean de Mutigny décrit cette demeure prédestinée à abriter bientôt des scènes étranges
Dès 1853, à Jersey, Victor Hugo s'était initié au spiritisme. Le poète croyait en effet aux esprits, personnels et agissants. Tout selon lui possédait un esprit, les astres, les rochers, les plantes, et l'imagination apparaissait à ses yeux comme un dévoilement de la réalité. Il fut définitivement convaincu de l'authenticité de ces manifestations lorsque l'esprit de sa fille Léopoldine, noyée accidentellement dix ans auparavant, lui apparut au cours d'une séance de table tournante.
Après l’apparition, brève et incertaine, de Léopoldine, et quelques séances assez ternes, le rite s’est institutionnalisé et durant plus de deux ans Victor Hugo, sa famille et quelques rares invités n’ont cessé de dialoguer avec Chateaubriand, Dante, Racine, Marat, Charlotte Corday, Robespierre, Annibal, André Chénier, Mahomet, Jacob, Shakespeare, Luther, Eschyle, Molière, Aristote, Anacréon, Lord Byron, Walter Scott, Galilée, Josué, Platon, Isaïe, Louis XVI, Napoléon 1er, Jésus-Christ, sans compter les fantômes familiers de Marine Terrace, la Dame blanche, la Dame noire et la Dame grise.
Leopoldine Hugo
SÉANCE DU MARDI 13 SEPTEMBRE 1853 (NUIT), NEUF HEURES ET DEMIE.
Présents : Victor Hugo, Mme Hugo, Mlle Adèle Hugo, Charles Hugo,
Victor Hugo. — Les esprits auxquels tu t'adresses, est-ce nous ?
— Non.
Victor Hugo. — Alors c'est nous qui sommes les voyants ?
— Oui.
Victor Hugo. — Toi, nous vois-tu ?
— Non.
Victor Hugo. — Les esprits que tu appelles ici ont-ils vécu de la vie des hommes ?
(Pas de réponse.)
Victor Hugo. — Peux-tu répondre ?
— Non.
(Agitation de la table.)
Victor Hugo. — Puis-je te calmer ?
— Non.
Victor Hugo. — Es-tu un esprit heureux ?
— Le bonheur n'est qu'humain, il suppose le malheur.
Victor Hugo. — Tu parles ainsi parce que tu es dans l'absolu ?
— Oui.
Victor Hugo, — Parle de toi-même.
— L'infini, c'est le vide plein.
Victor Hugo. — Entends-tu par là que ce que nous appelons le vide est rempli par le monde des esprits ?
— Parbleu !
Victor Hugo. — Ombre du sépulcre, tu peux donc être gaie ?
— Non.
Victor Hugo. — Parle.
— Use ton corps à chercher ton âme.
Victor Hugo. — Es-tu seul des esprits ici ?
— Je suis tout et je suis partout.
Victor Hugo. — Veux-tu que je continue à t'interroger ?
— Oui. Tu as la clef d'une porte du fermé.
Victor Hugo. — Connais-tu la vision que j'ai eue hier ?
— Je ne connais pas hier.
Victor Hugo. — Sommes-nous sûrs de te voir après la mort ?
- Tu n'as que des lunettes.
(Téléki, fatigué, est remplacé à la table par le général Le Flô.)
Victor Hugo. - Si nous nous conduisons bien dans cette vie, pouvons-nous espérer une vie meilleure ?
- Oui.
Victor Hugo. - Si nous nous conduisons mal, aurons-nous une vie plus douloureuse ?
- Oui.
Victor Hugo. - Les âmes des morts sont-elles avec toi ?
- Sous moi.
Victor Hugo. - Tu dis que tu es tout et partout, es-tu Dieu ?
- Sur moi.
Victor Hugo. - Es-tu plus près des âmes que de Dieu ?
- Il n'y a pour moi ni près ni loin.
Victor Hugo. - Dis-moi, les mondes autres que la terre sont-ils habités ?
- Oui.
Victor Hugo. - Par des êtres comme nous, âme et corps ?
- Les uns oui, les autres non.
Victor Hugo. - Après la mort, les âmes de ceux qui ont fait le bien sont-elles dans des espaces de lumière, ou vont-elles habiter d'autres globes ?
- Allume.
Victor Hugo. - Est-ce toujours l'ombre du sépulcre qui est là ?
- Non.
(Charles est remplacé par Téléki.)
Victor Hugo. - Qui es-tu ?
- Chateaubriand.
Victor Hugo. - Tu sais que nous t'aimons et que nous t'admirons ?
- Oui.
Victor Hugo. - Tu es mon voisin à présent. Réponds.
- La mer me parle de toi.
Victor Hugo. - Peux-tu nous parler du monde où tu es maintenant ?
- Non.
Victor Hugo. - Es-tu heureux ?
- Je vois.
Victor Hugo. - As-tu une communication à nous faire ?
- Oui.
Victor Hugo. - Parle.
- J'ai lu ton livre.
Victor Hugo. - Napoléon le Petit ?
- Oui.
Victor Hugo. - Dis-nous ce que tu en penses.
- Mes os ont remué.
Victor Hugo. - Parle. Tu sais que je lutterai jusqu'à la mort pour la liberté.
- République.
Victor Hugo. - La République, c'est l'avenir, n'est-ce pas ?
- Je ne vois que l'éternité.
Victor Hugo. - Es-tu toujours là. Chateaubriand ?
- Non.
Victor Hugo. - Qui es-tu ?
- Dante.
Victor Hugo. - Dante, tu sais que je t'aime et t'admire. Je suis heureux que tu sois ici. Parle.
- L'exil vient au bord de la tombe.
Victor Hugo. - Me dis-tu cela parce que je suis près du tombeau de Chateaubriand ?
- Comprends.
Victor Hugo. - Parle.
- L'amour est. La haine n'est pas.
Victor Hugo. - Qu'est-ce qui t'amène ici ?
- La patrie.
Victor Hugo. - Parle.
- J'ai lu ma vision
Victor Hugo. - En es-tu content ?
- Béatrix chante, je l'écoute.
Victor Hugo. - Tu nous entends toujours ?
(Immobilité de la table.)
Victor Hugo. - Est-ce toujours Dante ?
- Non.
Victor Hugo. - Qui est là ?
- Racine.
Victor Hugo. - Tu sais que je respecte les grands noms. Est-ce moi que tu viens voir ?
- Non.
Victor Hugo. - Est-ce Auguste Vacquerie ?
- Oui.
Auguste Vacquerie. - As-tu une communication à me faire ?
- Oui.
Auguste Vacquerie. - Parle.
- La gloirement.
Auguste Vacquerie. - Dis-tu cela pour toi ?
- Oui.
Auguste Vacquerie. - Tu trouves donc que j'ai eu raison de te contester ?
- Oui.
Auguste Vacquerie. - Tu reconnais que tu as fait des pièces étriquées ?
- J'étais gêné.
Auguste Vacquerie. - Est-ce un remords pour toi maintenant d'avoir laissé une réputation supérieure à ton œuvre ?
- Ma perruque est roussie.
Auguste Vacquerie. - Qu'est-ce qui l'a roussie ?
- Le feu.
Auguste Vacquerie. - Le feu de quoi ?
- Du drame.
Auguste Vacquerie. - Que penses-tu d'Athalie
- Grands vers.
Auguste Vacquerie. - Dans le monde où tu es, la littératurea-t-elle encore quelque importance ?
- Elle est un écho.
La séance est finie à trois heures et demie du matin.)
Sources
Jules Bois, Miracle moderne, Paris, 1907. Bernard gros-retz, Le Visionnaire de Guernesey, Paris, 1976. Victor hugo, « Procès-verbaux des tables parlantes de Jersey ». Texte établi et commenté par Jean et Sheila gaudon, Œuvres complètes, tome IX, Club Français du Livre. Maurice levaillant, La Crise mystique de Victor Hugo,Paris, 1954.
Denis saurat, Victor Hugo et les dieux du peuple, Paris, 1948. Gustave simon, Les Tables tournantes de Jersey, Paris, 1923.